jeudi, 24 juillet 2008

monstre urbain ou gentil coquin

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Cadeau d'un ami qui connait mon goût pour l'art urbain, un gentil monstre coquin urbain que je vais peut-être insérer dans l'emplacement photo ... à voir.
Je suis allée le voir in situ il est trés impressionnant.

Ah oui tout à l'heure exactement à 13 h 04 un visiteur ou teuse a fait passer le compteur à 4000 visites. Je parie sur un visiteur et comme j'aime les comptes ronds et pas les records, je lui offre des rondeurs.

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Elle est belle hein ?

Je crois que je vais écrire des coquineries alors bonne nuit.

lundi, 21 juillet 2008

LE RIVA 3

Néné n’arrive pas à trouver le sommeil. Il se tourne et se retourne, il transpire. Cette italienne lui a remué les sangs. Flashs. Maillot noir, bandeau blanc.
« Jolis poissons. Je peux ? »
Elle a enjambé le bastingage et sauté dans la petite barque jaune et verte d’autorité, sans attendre la permission.
Personne ne lui résiste.
L’homme ne dit rien. Il observe, indifférent, lassé peut-être du nouveau caprice de la belle. Au moins 10 ans de plus.
Un jet ski passe, un bras se lève pour saluer. Qui est-ce ?
Elle est belle mais ce sont ses yeux qui hypnotisent Néné : verts, criblés de pépites dorés. Une sirène oui c’est une sirène, de celles qui ont attiré Ulysse en route vers Ithaque.
- Je parle un peu français… je m’appelle Sophia, comme le bateau. Néné ne dit rien électrisé par la voix suave et envoutante. Elle se baisse et tend une main vers les poissons :
- Je connais pas le nom, pour toi, o ristorante ?
Néné a la tête qui tourne tout à coup, la chaleur, le bleu de la mer, le balancement sensuel de la barque, les seins si proche de son visage, le petit diamant de la chaîne de taille… Sirène, maudite, la voix douce, les yeux dorés… jasmin, iode, fric, éblouissement, une main s’égare sur la peau élastique de la cuisse…
La fille surprise par le geste déplacé du vieux marin se jette sur le RIVA, muette de dégoût. Son compagnon tente de la tirer à bord.
Néné perd la tête, il la tire vers lui, déchire une bretelle du maillot.
Ecartelée entre l’italien et Néné, elle se débat et cogne violemment sur le rebord de la petite barque. Un peu de sang coule d’une narine. Elle ne bouge plus. Alors l’autre se jette sur Néné et vient s’empaler sur le couteau catalan.
Pas un cri.
Néné observe. Deux pantins ouais, deux pantins plein de fric morts. Voilà ce qu’observe Néné. Vont nourrir les poissons fissa.
La bullinade sera meilleure. Les corps basculent dans l’eau sans bruit…..
Le RIVA dérive.

« Néné, néné réveille-toi ». Janie est penchée vers lui, hébétée. Derrière elle, Olivier livide et les gendarmes.
« Je vous suis ».
Il n’y aura plus de fête de la Saint-Vincent , plus de feu d’artifice, plus de pêche à la palangrotte.
La mer ne donne pas, ne prête pas. Il faut tout lui arracher de force.
Janie lâche un cri féroce de haine qui retentit jusqu’au fort St-Elme.

A Denis.

samedi, 19 juillet 2008

LE RIVA 2

Comme d’habitude la table est mise. Comme d’habitude, Janie attend Néné. Deux assiettes blanches, deux verres qui ont contenu de la moutarde de Dijon, des couverts en argent de la mémé Francine, usés à force de vaisselles.
En se mettant à table Néné sortira son couteau catalan « el ganivet » que la mémé Francine lui a offert pour sa communion solennelle. Il ne quitte jamais ses poches. Il faut dire que ça sert à tout, couper les fils de pêche, couper la tête des petits poissons, ouvrir les huitres ou les moules, couper le pain. C’est le couteau traditionnel avec un manche en olivier coudé à un tiers et une lame en feuille de saule. C’est le couteau des trabucayres, le couteau des bandits de grands chemins, des assassins.
L’ouillade d’été est prête. Il aime ça Néné, un plat qui tient au corps même quand il fait chaud.
Ce matin en se levant vers six heures elle a mis un jarret de porc, un peu de "sagi", des haricots verts du jardin et un boudin noir dans une cocotte en fonte et elle a laissé mijoter doucement trois bonnes heures. Quand elle entendra la porte elle fera réchauffer un peu, l’ouillade réchauffée est toujours meilleure.
Si la pêche a été bonne elle fera une bullinade, sinon se sera une soupe de poissons.
- Hum, ça sent bon chez toi Janie !
- J’ai fait l’ouillade.
- Tu m’invites ?
- Mais bien sûr "fill meu". Je te mets l’assiette de suite.
- Non, Janie, je suis en service. C’est des grosses journées avec la préparation des fêtes de la St-Vincent. Je descends au poste en vitesse car il paraît qu’il y a des bateaux qui causent problèmes au port. Néné est pas encore rentré ?
- Hé bé non tu vois je l’attends.
- Adéu.
- Adéu nin.
Janie regarde partir le jeune policier municipal par la fenêtre et son ventre se serre. Olivier a 28 ans comme son dernier Guillaume. Ils sont allés à l’école ensemble, au collège de Port-Vendres ensemble. Olivier est resté à Collioure, Guillaume est parti à Paris dans la poste.
Machinalement son regard se pose sur la photo de ses trois fils. C’était l’année dernière à la même époque. Cette année ils ne viendront pas. Mathieu a fait construire sur St Jean de Védas et il veut emménager avant fin août. Sébastien n’a pas pris de congés. Il a décidé de donner un coup de main à son frère. Peut-être les petits enfants viendront quelques jours avant la fin des vacances scolaires. Guillaume est parti trois semaines en Afrique du Sud.
- Tu rèves ?
- Ah tu es là, je ne t’avais pas entendu rentrer. Je fais réchauffer l’ouillade.
- J’ai croisé Olivier. Il était pressé. Ils ne savent plus où faire accoster les bateaux. Il y a un de ces monde sur les quais.
- Qu’est-ce-que tu ramènes ?
- Tu pourras faire une bullinade. J’ai un petit poulpe aussi.
- Donne. Je mets tout au frigo. Hé bé, on mangera pas tout ça tous les deux. Je vais inviter ta sœur pour demain midi.
- Si tu veux. On mange ou quoi ? J’ai faim.
- Assieds-toi, c’est prêt. Coupe du pain.
- …. T’as pas mis des mongetes hé ?
- Mais non, j’ai mis des haricots verts du jardin de Léontine. Elle me les a apportés hier matin.
Repas silencieux entre vieux époux. Clac, le couteau se referme.
- Je vais me coucher une petite heure.
- Va.
Allongé dans la chambre conjugale, les pieds sur la couverture de coton au crochet, cadeau de mariage de sa sœur, Néné ferme les yeux. Le sommeil n’arrive pas aussi facilement qu’il le voudrait. Pourtant il fait frais, la chambre est plongée dans la pénombre, silencieuse. Elle ne donne pas sur la ruelle, mais sur une petite cour remplie de plantes vertes que Janie soigne avec fureur.
Néné vagabonde vers les yeux mordorés de la belle italienne.