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mardi, 11 novembre 2008
LETTRE A UN POILU
Mon amour,
Je n’ai plus de nouvelles de toi et je suis inquiète. La dernière date déjà de plusieurs semaines. D’ailleurs je ne sais pas si tu as pu recevoir toutes les lettres que je t’ai envoyées, j’en écris une par jour. Des choses simples, ce qui se passe dans le village. Mon papier, mon encre, ma plume, je couche les enfants et je suis toute à toi.
Cette après-midi nous sommes allés à la foire de la Saint Martin. Il faisait beau et chaud et nous avons dégusté tous les trois des marrons chauds. Nos mains étaient noires et nous avons ri de nous voir ainsi maculés de charbon. Petit Louis ne cesse de réclamer ta photo. Tu es tellement beau en bleu et garance. Je la lui laisse un peu, il te regarde et pose tant de questions auxquelles je n’ai aucune réponse.
Dés que je peux je la mets contre mon cœur, sur mon sein gauche, celui que tu as l’habitude de serrer dans ta main quand tu dors prés de moi, quand tu dormais prés de moi. Où dors-tu ? Est-ce que tu manges mieux ? Et les poux as-tu réussi à t’en débarrasser ?
Demain une nouvelle institutrice va m’aider à faire la classe. Mr Vidal ne peut plus continuer maintenant il est trop vieux. Elle vient de l’Aude. Je ne connais pas encore son nom et j’ai été avertie seulement hier. Je suis soulagée. Elle et moi nous nous partagerons les niveaux. Je prendrai les grandes sections de Mr Vidal, elle se chargera des petits. Elle aura Louis avec elle c’est mieux, il cessera ainsi d’être toujours dans mes jupons.
Tu me manques, le jour la nuit. J’ai peur d’attendre le facteur.
Je t’envoie avec cette lettre une photo de nous trois et une mèche de nos cheveux.
La chandelle se termine, je me suis installée dans le bureau de ma classe, derrière moi le tableau est noir, j’ai froid, mon châle vient de tomber, je vais me coucher, je vais essayer de dormir.
Je t’aime tant.
Noémie
PS : j’ai envoyé un colis avec un peu de savon, des confitures et des dessins de Louis et Marie pour ton anniversaire. J’espère que tu as tout reçu.
12:13 Publié dans Hommage | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : armistice, 14-18, poilus, 11 novembre



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Commentaires
Merci de votre visite. En venant sur votre blog que je connais, je comprends que nous avons eu le même désir de penser, chacun à sa manière, à cette douloureuse histoire. Merci de faire vivre ainsi une femme, à qui manque le père de ses enfants mais aussi l'homme que la betise humaine a soustrait à son coeur et aussi à son corps.
Ecrit par : Philippe Ibars | mardi, 11 novembre 2008
Je cherchais une lettre de femme de poliu pour la lire à mes élèves.
Votre lettre correspond à ce que je cherchais mais il me semble qu'à l'époque il n'y avait pas de photo couleur et le texte laisse à penser que l'enfant regarde une photo en couleur.Sinon, bravo pour votre idée.
Ecrit par : fan | samedi, 06 décembre 2008
Bien vu, la lettre est de moi et pas d'époque.
Ecrit par : Lune et Soleil | samedi, 06 décembre 2008
je reviens sur lettre a un poilu qui m'avait ému,
Jean Rouaud "les champs d'honneur" prix Goncourt 1990,
disait dans un entretien,
que c'était une grave erreur
de croire que la guerre de 14
c'était des histoires de vieux...
au contraire, c'est l'histoire d' hommes jeunes,
très jeunes, fleur au fusil et coeurs vaillants
le plus emblématique est sans doute Henri-Alban Fournier (1886-1914)
dont la nostalgie destructrice est perceptible
dans son unique et ultime roman "Le Grand Meaulnes"
prémonition des horreurs de la guerre
et de l'éternelle jeunesse de ceux qui périrent...
Ecrit par : alenc | dimanche, 07 décembre 2008
Je conseille à ceux qui ne l'ont pas lu "Les Ames Grises" de Philippe Claudel.
C'est un chef d'oeuvre.
Pour le Grand Meaulnes je l'ai trop lu et j'ai trop pleuré en le lisant alors j'ai décidé de le refermer pour toujours.
Certains pensent à tort que l'image peut remplacer les mots, moi je m'en réfère à Simone de Beauvoir qui disait : " Si je lis : -Nos jours meurent avant nous-, je recrée en moi avec exactitude la phrase écrite par Chateaubriand."
J'ai appris à me méfier des mots, car on peut tuer avec des mots.
Aussi pour ne pas plomber ce commentaire je vous fais cadeau d'un vers " Tes seins sont les seuls obus que j'aime." Je ne vous donne pas l'auteur, vous le trouverez seul(e)s, petit indice il a fait 14-18, et il était amoureux d'une jeune agrégée de lettres.
La guerre, les mots, l'érotisme, même combat.
Ecrit par : Lune et Soleil | dimanche, 07 décembre 2008
appolinaire ?
c'est beau et ca lui ressemble...
je viens de repondre en 10 secondes*
mais c'est pas ca sans doute...
ps : si tu me tutoies pas, tu me tues toi !
ps2 : G allongé un peu le commentaire sur mon blog...
Ecrit par : alenc | dimanche, 07 décembre 2008
C'est lui dans ses lettres à Madeleine. D'accord je veux bien te tu...toyer. Je vais voir ton commentaire allongé, aprés le repas dominical cela (bas) de soi.
Ecrit par : Lune et Soleil | dimanche, 07 décembre 2008
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