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samedi, 27 septembre 2008

La Salamandre qui pousse dans mon ventre

S’endormir dans un avion relève parfois de l’exercice de style. Jambes, fesses, tête, où les mettre ?
Je ne suis pas très épaisse mais tout de même je prends mes aises pour dormir.
Nous avions décollé de San José vers 19 heures, le repas avait été servi, bref les 350 passagers dont moi cherchions désespérément à nous caler dans la meilleure position possible afin de nous assoupir.
La salamandre a des ressources, toujours.
A ma droite le hublot, à ma gauche Phil. Il prend de la place Phil mais il s’est débrouillé pour trouver une position, the position : jambes dans le couloir, coussin derrière la tête, bras repliés sur le torse, je crois qu’il dort.
Subrepticement je glisse mes jambes sur ses cuisses, j’appuie mon dos et ma tête dans les coussins calés contre la paroi de la carlingue. Je suis bien enfin, lovée, enroulée, jambes légèrement surélevées.
Ma jupe glisse. Je ne bouge pas, je m’en fous, j’ai sommeil. De toute façon j’ai une couverture.
Je somnole, quelque chose m’agace, je bouge, sa main caresse mes jambes, lentement. J’ai un peu de mal à comprendre. Sa main remonte encore jusqu’à la dentelle de mes bas, jusqu’à ma peau. Cette fois je suis réveillée.
Sa main joue, monte, descend le long de mes cuisses. Le jeu se précise.
C’est d’abord un effleurement hésitant qui me donne la chair de poule, suivi de petits attouchements pour déterminer l’endroit où s’insinuer.
Je respire mal, j’attends.
Tout va très vite, je serre les lèvres, pas un gémissement, je me tends, je m’ouvre, je m’accroche au siège de devant, je meurs, enfin.
La main se retire, rajuste ma couverture. Il n’a pas bougé, moi …. davantage. J’ouvre les yeux, tout est obscur, seules quelques veilleuses diffusent une clarté bienveillante.
La salamandre est apaisée, la salamandre peut s’endormir. Le propriétaire de la main s’est endormi.

mardi, 23 septembre 2008

La Salamandre qui pousse dans mon ventre

ADIOS NINA
Carla est belle, Carla est Barcelonaise exilée à Puerto Viejo depuis plusieurs années. Carla créé des bijoux fantaisies, des bagues, des bracelets, etc. Carla, je l’ai vue une fois, une seule fois. Elle est arrivée seule avec un vélo pourri, une besace en travers de la poitrine de laquelle elle a sorti des trésors. 35 ans, des cheveux très longs bruns, des yeux noirs, et des jambes qui n’en finissent. Les essayages allaient bon train, bagues en argent torsadées, martelées, agrémentées de coquillages ou de pierre semi-précieuses.
Elle était assise en bout de table discrète, j’étais à sa gauche muette. Je peux être muette absolument. Parfois nos yeux se croisaient. Toutes les bagues étaient belles. Elle en a choisi une, très large, ouvragée telle un grillage, surmontée au centre par une opale et l’a glissée à mon doigt.
Soudain j’ai compris la statue de la Vénus d’Ille à qui Mr Alphonse jeune marié imprudent, avait glissé son anneau de mariage au doigt. Comme elle j’ai serré ma main : j’étais devenue sa femme. Je n’ai pas réclamé de nuit de noces elle était implicite. Je ne sais pas ce que tu es devenue Carla mais j’ai toujours cette bague et toutes les autres. Je sais que tu vivais seule avec ta petite fille de 8 ans dans une cabane isolée dans la jungle, tu n’étais pas riche. Tu es restée une heure, une vie. Prends soin de toi Carla.

Adios niña.

mercredi, 10 septembre 2008

La Salamandre qui pousse dans mon ventre

La vouivre, animal légendaire, mystérieux, paisible est totalement indifférent au monde des humains. Célèbre en Franche-Comté, dans la Dombes, en Bourgogne, elle hante les étangs, les cours d’eau, où elle se baigne nue. Cet être mi-femme mi-serpent, représenté parfois sous les traits d’une sauvageonne se terre et se tait. Mais, lorsqu’elle est provoquée, attaquée, lorsqu’on veut lui voler le joyau qu’elle protège jalousement, elle se transforme alors en un être impitoyable capable d’une redoutable férocité.
Puerto Viejo est un sympathique village, fréquenté par de nombreux touristes étrangers et costariciens venus profiter des spots de l’Atlantique. Les boutiques proposent des souvenirs de bonne qualité, originaux, peu coûteux. Faire les boutiques j’adore. Dire que je suis une acheteuse compulsive me semble exagéré mais j’avoue que j’aime faire plaisir à ma famille et mes amis. Revenir d’Amérique centrale les mains vides est, cela va de soi inconcevable.
Au hasard de ma déambulation acheteuse, alors que la chaleur est déjà à 10 heures du matin écrasante, je détecte le tissu vert.
Le groupe est éparpillé, je trainaille avec Nadine et Marie-Flore. Le petit magasin est agréable, et comme à La Fortuna des piles de paréos. Je regarde, je fouille : à priori plus de paréo vert. Je demande à la vendeuse en espagnol, elle me répond qu’il n’y en a plus. Je montre celui qui est exposé à l’extérieur, elle hésite et va chercher la patronne : une française !
Une rousse, jolie, bien foutue. Je ne sais pas pourquoi mes écailles se dressent. SSSSSSSSSSSSSSSS !!!!!!!!!!!!!!
« C'est-à-dire, c’est le dernier, il est poussiéreux…. » arguments merdiques susurrés d’une voix faussement douce. Mes copines m’observent, l’air est électrique, je ressens tout à coup une attente dans le joli magasin.
« J’ai un très beau paréo noir avec un toucan rouge… Non, celui-ci est beaucoup plus lumineux, assorti à mes yeux (de vipère), je peux le décrocher si vous avez le vertige, ma voix est claire mais les mots claquent.
Elle me foudroie du regard, j’insiste imperturbable : vous voudrez bien me faire un paquet cadeau s’il vous plait (il est pour moi mais j’ai décidé de la provoquer jusqu’au bout).
Elle ne peut rien faire d’autre que d’obtempérer au risque de perdre ses clients, des femmes en majorité qui lorgnent du coin de l’œil le combat policé de la vouivre et de la griffonne : mes amies ont déjà reposé leurs achats respectifs. SSSSSSSSSSSS sens-tu ce serpent qui siffle sur ta tête ? Je suis plus grande qu’elle, je souris, j’ai un sourire irrésistible….ment dangereux.
Elle monte sur un petit tabouret, elle a de jolies jambes bronzées et …. Un début de varice.
Pour l’achever je paie avec un billet de 10 000 colones ce qui la déleste de 9000 colones de monnaie.
Que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a motivé cet échange ? Le ton, la voix, le regard tout en elle m’a agressé. J’avais rangé cet épisode dans ma mémoire en ressurgissant une vérité s’impose : elle était comme moi, elle est comme moi, une vouivre.
Ce paréo peut-être voulait-elle le garder, l’offrir et elle n’avait pas eu le temps de le retirer de la vente. Je lui ai ravi son trésor. Le paréo je le porte pour le plus grand plaisir de Phil. Je ne regrette rien.

lundi, 08 septembre 2008

La Salamandre qui pousse dans mon ventre

II

Fini la vallée centrale et sa fraîcheur, direction la région caraïbe. Pas de train, le voyage se fait exclusivement par la route. Nous sommes huit dans un minibus gaillard qui en a vu de toutes les couleurs. Les conditions de circulation sont épiques, camions à rallonges, voitures rutilantes, objets roulants non identifiés se croisent, se doublent allègrement dans une totale ignorance du code de la route le tout agrémenté de coups de klaxon impatients. Le Costaricien conduit – faites place. C’est donc cahotée, éberluée, assoiffée, assommée par la chaleur moite, coincée entre Mique et Phil que je suis arrivée à Puerto Viejo.
J’ai bien dit coincée car l’un comme l’autre dépasse allègrement les 100 kilos : carcasses robustes d’ex piliers. Dés le départ, comme j’étais la plus mince du groupe on m’a attribué cette place entre les deux costauds : j’étais devenue par la force des choses talonneur ! Intéressant moi qui me voyais plus demi d’ouverture. Déshydratés et encore déboussolés par le décalage horaire (arrivés seulement depuis 5 jours) nous avons effectué une petite pause à la sortie du village. Au bord de la route, installé sommairement un petit étal de noix de coco où on nous a proposé une pipa. Un délice, c’est tout simplement l’eau de jeune coco qualifiée là-bas de boisson de la vie. Elle est servie dans la noix de coco décapitée et lisse.
J’ai bu d’un trait ce liquide douceâtre, onctueux, laiteux. Les yeux fermés j’ai accueilli ce nectar tropical en moi attentive à sa lente descente vers mon ventre. J’ai déjà bu de l’eau de noix de coco bien sûr, mais celle-ci avait une saveur unique, celle d’une première fois ailleurs, dans un pays inconnu où la moiteur indécente colle les vêtements à la peau, où toutes les perceptions sont multipliées pour mieux s’écouter, pour mieux se trouver ou se retrouver. J’ai bu jusqu’à la dernière goutte. J’étais bien.
La salamandre qui se cache derrière les meubles de ma cuisine d’été je l’ai observée, longtemps. Lorsque à bout de patience et de force elle a réussi à capturer un papillon, un moustique, une sauterelle, lorsque l’insecte moribond glisse frémissant dans sa gueule, peut-être à cet instant précis, a-t-elle eu, comme moi la certitude que la gorge, la langue, les lèvres n’ont pas qu’un rôle alimentaire. C’est à Puerto Viejo que j’ai acheté le paréo vert, et de salamandre je suis devenue vouivre.

dimanche, 07 septembre 2008

La Salamandre qui pousse dans mon ventre

LA SALAMANDRE QUI POUSSE DANS MON VENTRE

REFLEXIONS SUR UNE METAMORPHOSE
I
Que savez-vous des salamandres ?
Moi je les adore. A tel point que j’ai ramené de mon voyage au Costa Rica en février dernier deux magnifiques paréos à leur image. Imaginez deux grands rectangles de tissus, l’un vert lumineux brodé sur toute la surface d’une salamandre multicolore. A certains endroits le tissu a été volontairement ajouré pour mettre en évidence la forme des yeux, les pattes. Ces petits trous sont assez judicieusement placés pour laisser voir le bout de mes seins et par touches coquines mon corps. Je l’ai porté tout l’été, je le porte en écrivant.
Enroulée dans le tissu exotique, je me laisse caresser par les plis délicieusement soyeux et changeants. Je porte le paréo attaché autour du cou entrouvert et baillant, bas sur ma chute de reins, mon dos et mes épaules ainsi complètement nus. J’ai senti bien des regards sur ce paréo. Je les ai provoqués des plus clairs aux plus voilés, appréciateurs ou hostiles. Surtout celui de ma mère qui ne put s’empêcher de me distiller un fielleux : « tu pourrais mettre une culotte ». Maman je ne porte plus de « culottes », à la rigueur des boxers, des strings, brefs des petites choses qu’on aime mettre pour mieux les enlever.
L’autre tout aussi grand est blanc, pur, brodé lui aussi de plusieurs salamandres en perles orange d’une grande finesse. Celui-là, je le garde, il est si beau, si doux que je répugne à le revêtir, il me semble que je ne le mérite pas ou tout au moins que son usage doit être réservé à une grande occasion. Il est sagement plié, il sent bon. Il m’attend. J’en prends grand soin car je doute fort de repartir au Costa Rica avant longtemps. Je me souviens de l’achat du paréo blanc : c’était à La Fortuna, village grouillant de vie sous le cône du volcan Arenal toujours en activité.
Déroutée et en même temps complètement ouverte sur ce pays inconnu, je me laisse guider vers des boutiques discrètes, désuètes, de celles que les touristes américains hystériques ne fréquentent pas. L’endroit est simple, propre de simples étagères en bois et des piles de paréos bien rangés. La boutique est calme seulement la vendeuse, mon amie et moi. Pourquoi me suis-je dirigée vers lui ce bout de tissu blanc, fin, pur, caché qui pendait presque invisiblement ? Je suis une prédatrice : il était ma proie.
Sans plus attendre j’ai soulevé sans ménagements la pile de paréos posée au-dessus de lui et je l’ai largement déplié à la lumière de la rue. Je me souviens avec délice des frissons qui ont parcouru ma peau, de mes seins qui se sont érigés, du gémissement de plaisir que j’ai retenu en enfouissant mon visage dans sa douceur. Sept salamandres en perles orange s’étirent lascivement, cliquetant à chaque frémissement du tissu presque transparent. Il m’attendait.

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