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mardi, 22 avril 2008
Bonjour madame
Septembre. Il y a tellement eu de septembres dans ma carrière que j'ai fini par croire qu'ils seraient tous identiques. Endormie par le ronronnement monotone des rentrées, je n'ai pas vu le temps passer. Septembre, salle des profs, encore une fois la photocopieuse est en panne de papier. Comme à mon habitude j'arrive avec une bonne demi-heure d'avance. Mon cours commence à 14 h 30. Je n'ai pas besoin de ces photocopies dans l'immédiat, c'est pour la semaine prochaine. Pas la peine de s'énerver...
"Bonjour madame".
Ce "Bonjour madame", je l'entends encore. Je me retourne. "Bonjour ??"
Un prof de sport, jeune, brun, je le connais pas. Un nouveau. Bon, il me veut quoi ? Questions en vrac dans mon crâne, je sens que quelque chose se prépare et je suis sur la défensive (à l'intérieur). J'ai appris à me blinder contre tout le monde. Dehors, grand sourire.
"Madame, s'il te plait, je m'appelle .... et toi ?
- Franck. Vous ne me reconnaissez pas ? Moi je vous ai reconnu tout de suite le jour de la pré-rentrée.
Silence de moi.
Je l'observe, l'effroi me gagne, je sais ce qu'il va me dire.
- Vous avez été ma prof de français en 5ème.
Mercredi, merdum, merde...
Voilà c'est fait. J'ai toujours su qu'un jour il y en aurait un ou une qui viendrait m'asséner cette phrase.
Toujours silence de moi.
- Je comprends que vous ne vous souveniez pas, j'ai changé.
Tu parles. C'est un trés, trés beau jeune homme. Beaucoup de charme, des yeux malicieux mais inquiets quant à ma réaction. J'ai senti toute sa réserve dans son "Bonjour madame", il est encore au garde-à-vous. Non je ne peux pas croire que l'ai traumatisé à ce point. Il est désemparé devant mon silence qui s'éternise.
Alors je souris, je lui tends ma main. Elle est glacée. Il hésite et finalement la saisit. Il serre mes doigts avec beaucoup d'énergie.
Nous ne disons rien. Il garde ma main dans la sienne. Je l'observe longuement cherchant à reconnaître un détail. Je sais que c'est impossible. Il a 24 ans. Il a regretté mon départ du collège des Albères, il m'aimait bien. Je le faisais rire. Je l'ai puni mais il ne m'en veut pas. Je l'écoute. Il me détaille son parcours. Le bac, Staps à Montpellier, la réussite au Capes. Il a longtemps hésité à m'aborder. Il a beauoup de respect pour moi. Il dit que je n'ai pas changé.....
Sonnerie.
Sauvée.
Il m'annonce alors qu'il est venu exprés, un lundi à 13 h 30 parce qu'il sait que je viens en avance. Il voulait me parler. Il n'a que 6 heures de cours mais pas en début de semaine. Moi je n'ai pas cours en fin de semaine.
Les collègues arrivent. Révolution dans les couloirs. Je dois "prendre" ma 3ème avant la deuxième sonnerie. Il attend.
- Je suis trés touchée de ta démarche Franck et j'ai honte de ne pas te reconnaître. Est-ce-que nous avons des classes en commun ? Je serai trés fière de travailler avec toi. Il a des 6èmes, je n'en ai pas. Je dois partir, je suis en retard. Je m'élance vers l'étage, il me suit.
Alors je ne sais pas pourquoi en plein escalier, je me retourne, il est derrière moi. C'est un petit garçon maigrichon, mignon, rêveur qui me regarde. Ma mémoire, pourtant ne me livrera rien de plus. Arrête de fuir, sors de ta carapace, ouvre ton coeur. Impulsive, j'ai toujours été impulsive. Je claque les portes, je fais du bruit, j'ai du tempérament, je m'enflamme, je suis lion ascendant gémeaux et j'aime mes élèves, tous mes élèves. Alors, je l'embrasse sur la joue. Il ne s'attendait pas à ça. On nous regarde, on ricane, je me fous des autres, je les emmerde. Ce gamin il est un peu à moi.
- Tu viens en cours avec moi ?
-Oui Madame.
J'ai dix ans de moins.
Lune et Soleil
21:30 Publié dans Nouvelle | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : prof, élève
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Commentaires
Ah c'que j'aurai aimé, ce jour-là, en avoir 10X10 de moins !!!!
Ecrit par : Ji-el-Bê | mardi, 22 avril 2008


